Barrières de sécurité techniques et humaines
Un accident industriel majeur suppose en principe que plusieurs barrières aient été franchies. L’expertise doit alors établir lesquelles existaient, lesquelles ont été sollicitées, et pourquoi aucune n’a arrêté la séquence. J’apporte l’analyse d’un exploitant et d’un auditeur, sur les barrières techniques comme sur les barrières humaines et organisationnelles.
Quelles barrières ?
Techniques :
- systèmes instrumentés de sécurité et boucles d’arrêt d’urgence ;
- soupapes et organes de décompression ;
- détection de gaz et de feu, isolement et dépressurisation ;
- rétentions, protection incendie.
Humaines et organisationnelles :
- procédures d’exploitation et consignes de poste ;
- permis de travail, consignation, analyse de risques d’intervention, mesure d’atmosphère ;
- réponse de l’opérateur aux alarmes ;
- encadrement des entreprises extérieures ;
- gestion des modifications ;
- gestion des inhibitions et des contournements.
Quelles questions pour l’expertise ?
Les barrières d’un scénario se lisent d’abord dans l’étude de dangers : nœud papillon, analyse HAZOP, analyse des couches de protection (LOPA). Je les confronte ensuite à l’installation telle qu’elle était exploitée, en distinguant trois niveaux :
- Ce que la barrière devait faire : sa conception, son rôle dans l’étude de dangers, le niveau de performance revendiqué.
- Ce qu’elle pouvait faire : son état réel au moment des faits. Était-elle testée, maintenue, inhibée, contournée, dégradée ?
- Ce qu’elle a fait : a-t-elle été sollicitée dans la séquence, a-t-elle répondu, dans quel délai ?
L’écart entre le premier et le deuxième niveau est souvent le point central de l’expertise. Il se forme rarement en un jour : inhibition temporaire devenue permanente, test reporté, alarme devenue familière.
Pourquoi la dimension humaine demande-t-elle un regard d’exploitant ?
Une procédure est une barrière si elle est adaptée, connue, applicable et appliquée. Une alarme est une barrière si l’opérateur peut la percevoir, la comprendre et agir dans le temps disponible. Ces conditions ne se lisent pas dans la procédure elle-même. Elles se lisent dans les historiques d’alarmes, les cahiers de quart, les permis de travail, et dans la façon dont une équipe travaille au quotidien.
C’est là que l’expérience d’exploitation fait la différence : savoir ce qu’une salle de contrôle voit et ne voit pas, ce qu’une relève transmet, ce qu’un permis de travail décrit ou omet.
Situations types
- Défaillance d’une barrière de sécurité : système instrumenté, alarmes
- Accident lors d’une intervention sous permis de travail
- Modification non maîtrisée d’une installation
- Perte de confinement sur une installation de gaz, d’hydrocarbures ou de chimie
Voir aussi : sites Seveso et mesures de maîtrise des risques, le sapiteur, cadre juridique.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une barrière de sécurité ?
C'est un élément technique ou organisationnel destiné à interrompre l'enchaînement d'un accident ou à en limiter les effets : une soupape, une détection de gaz, un système instrumenté de sécurité, mais aussi un permis de travail, une consignation ou la réponse d'un opérateur à une alarme.
Pourquoi une barrière humaine demande-t-elle un regard d'exploitant ?
Parce que son efficacité dépend de conditions réelles de travail : charge de la salle de contrôle, nombre d'alarmes simultanées, qualité de la relève, écart entre la procédure écrite et la pratique. Ces conditions se lisent dans les pièces d'exploitation, à condition de savoir les lire.
Le sapiteur dit-il qui est responsable de la défaillance d'une barrière ?
Non. Il établit les faits techniques : ce que la barrière devait faire, ce qu'elle pouvait faire, ce qu'elle a fait. L'appréciation des responsabilités appartient au juge (art. 238 CPC).
Rédigé par Carl Goodwin, sapiteur en risque industriel. Mise à jour : .
Définitions : HAZOP, nœud papillon, LOPA · Barrière de sécurité · Système instrumenté de sécurité (SIS) et niveau SIL · Mesure de maîtrise des risques (MMR) · Permis de travail